une trainée de quelques couleurs au bout d'une seringue. une gîclée d'arc-en-ciel on appelle ça. c'est typiquement junkie paraît-il. typique car on y trouve un peu de tout dans ces trucs là. généralement retrouvés près d'un "cadavre" dépravé dans une ruelle ou dans un piole miteuse. toujours miteuse. sinon où avoir la came ? le syndrome du goldfish à chaque réveil. vous n'avez peut-être jamais connu. et bien personnellement je ne vous le souhaite pas. et elle non plus d'ailleurs ne vous le souhaite pas. elle, c'est ce "cadavre" auréolée de sa gîclée d' arc-en-ciel . elle, je ferais tout pour elle, j'lui donnerais tout. je lui donne d'ailleurs peut-être trop. m'enfin elle a besoin de ça pour vivre et moi d'elle. chacun ses méthodes
Je ne lui ai rien demandée moi. J'aime avoir la vie haute en couleurs, même si dans mon cas, je touche plutôt le fond. Ma méthode ? Le plaisir simple, brut, interdis. Mes shoots incessants et les trous de mes bras représentent ma vision de la vie. De ma vie. A la fois scabreuse et colorée. Avant j'étais maintenant je ne suis plus. Macabre destinée. Sans elle je ne suis rien. Et lui... Il parle, là, le beau jeune homme, mais il n'agit pas. Ce ne sont que des paroles en l'air. Tu dis que tu ferais tout pour moi. Je ne l'en crois pas capable. J'aime ma ' tragique destinée ' et ses paroles, là, je ne les sens pas.
Evidemment qu'elle ne sent rien. Elle ne sent plus rien depuis un bon moment de toute manière. Et çà depuis qu'elle a dépassé les rails pour ces merdes sanguines. Toute une vie en intravéneuse. Ca léa toujours fasciné. Faut vraiment être légèrement puéril sur les bords, avec des côtés masochistes ou cons. Sachez que c'est dur de dire tout celà d'elle. Et bien évidemment aussi que ça n'a pas toujours été comme çà. Au début elle était belle putain. Le genre de fille qu'on regarde sans trop oser toucher. Un peu comme certains mannequins. J'suis sûr qu'elle aurait pu. Vous m'direz : la fin aurait été la même malgré tout. Alors disons qu'on aurait au moins pu éviter la case "piole miteuse". Je lui souhaite même plus de souffrir à ses réveils pour l'inciter à arrêter ce bordel. Des fois je voudrais être la claque dans la gueule, le mot parfait et cinglant qui stoppe tout. Qui remet de l'ordre. Juste un peu d'ordre.
Mes piqûres sont des appels à l'aide. Je me fabrique une vie utopique grâce à mes shoots colorées. Que voulez vous, j'ai toujours été ' borderline '. Le regard des autres, j'avais besoin de lui pour vivre. Je voulais une vie à la hauteur de mon physique. Je me suis ramassée, lamentablement. Désillusion adolescente d'une môme en mal de sensation forte. Je suis brisée, en mille morceaux, sur cet asphalte gris et triste. Brisée, oui mais en couleur s'il vous plait ! J'aime cette étincelle au bout de la seringue, celle qui me fait tourner la tête. Je n'en démords pas, tu veux remettre de l'ordre ? Vas-y... A tes risques et périls, ne m'approche pas trop, je brûle...
Avec ses pompes presque écartelées, son slim troué, son tshirt moulant plus jamais lavé et ses cheveux en vrac elle a le look parfait. Presque caricaturale. Quand elle aura compris que c'est beaucoup plus que ce liquide qu'elle recrache, que c'est beaucoup plus que ce qu'elle s'enfile, que c'est beaucoup plus que tout ça. Que c'est notre monde qu'elle bousille. Car vue d'ici, c'est elle la bousillée, mais faut pas croire. J'en suis devenu pas foncièrement mieux qu'elle. Je rêve même plus de syntone. J'en emmerde presque le bonheur et l'utopie. C'est sa faute, sa putain de faute.
Regarde autour de toi, autour de nous. Je ne suis rien qu'une infime particule de plus. Un rejet de la société. La question n'est pas : pourquoi j'ai finie comme ça, mais à cause de quoi ? Je me nourris de ta rancoeur et de ta colère, je les associe à mon overdose. Tout ce qui m'entoure est un venin, j'ai trouvé l'antidote, le remède idéal. Mon dealer est mon ange gardien. Je me noie dans mon malheur et y trouve l'acalmie. Je suis sauvage. Tu as raison. Slim troué, cheveux en batailles... Tu m'aimes comme ça, mais tu refuses de l'avouer, cette image grungy te plaît autant qu'elle te révulse. Ma folie te perdra. Regarde toi, mets sur pause. C'est ma vie, pas la tienne.
Plume.